L’éléphant dans la pièce

Les mecs qui sont bilingues, enfin ceux qui parlent relativement bien anglais, en général, ils se la racontent pas trop.

FAUX !

(Merci Norman).

Faisons une expérience, ami lecteur amateur de clichés. Choisis une expression anglaise, pas trop courte et, si possible, métaphorique, puis traduis-la avec Google Traduction. Le résultat obtenu devrait être assez littéral. Entre-le ensuite dans ton navigateur de recherche et note le nombre de réponses.

J’obtiens personnellement 921 000 réponses – 819 avec les guillemets – pour « les lève-tôt attrape le ver » [sic], traduction automatique de « the early bird catches the worm » (expression que l’on pourrait traduire par « l’avenir appartient à ceux qui se lèvent tôt », ou encore par « premier arrivé premier servi », mais je suis sûr que tu as ta propre interprétation).

Pour de nombreux clients et prestataires de services de traduction, ce nombre de réponses fourni par Google est une raison suffisante pour justifier l’usage d’un anglicisme sémantique.

En effet, les traductions littérales d’expressions idiomatiques anglaises envahissent la toile, si bien que les navigateurs suggèrent inévitablement ces solutions. C’est la voie démocratique : si la majorité des villageois votent pour l’idiot, ce dernier est élu maire du village.

D’ailleurs, sur Internet, plus l’expression anglaise est clichée, plus le nombre de ses traductions littérales augmente. C’est de cette façon que les logiciels de traduction automatique s’appuyant sur un corpus fonctionnent : Google Traduction ne traduit pas littéralement, mais démocratiquement. Son algorithme lui permet de rechercher très rapidement quelles sont les traductions les plus récurrentes d’un terme en fonction de son contexte proche.

Prenons « the elephant in the room ». Une recherche dans Google Timeline suffit à prouver que cette métaphore est bien un cliché de la langue anglaise. Google Timeline donne un aperçu de la fréquence à laquelle cette expression apparaît dans les documents auxquels Google a accès (merci à Angelia Translations pour le lien).

Les statistiques offrent-elles une raison suffisante pour décider si oui ou non une expression est devenue un cliché ? Comme pour le temps de refroidissement du fût d’un canon, nous pourrions discuter de la question pendant un certain temps mais je crois que tu conviendras que lorsqu’un artiste crée une controverse en plaçant dans un salon un éléphant vivant qu’il a préalablement peint, il doit y avoir de l’obus abus dans l’air.

Et comme toujours avec Internet, lorsqu’il y a de l’abus, il y a contamination. On se creuse les méninges pour trouver une solution élégante, mais les bilingues vous déclarent que ce n’est pas la peine : « l’éléphant dans la pièce », ça peut se dire – et d’oublier que la question n’est pas de savoir si ça peut se dire mais comment on pourrait l’exprimer de façon plus élégante.

Même Berthelée Riflard, qui n’est pourtant pas du genre prescriptive, est d’accord : dans le cas des expressions idiomatiques, les traductions littérales ne sont que des solutions de secours. Un usage inconsidéré de ces dernières nivelle l’usage pas le bas.

Publicités
L’éléphant dans la pièce

Une réflexion sur “L’éléphant dans la pièce

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s