Clear writing : rédiger clairement ?

Ah le grand nettoyage de printemps, on retrouve des perles qu’on avait laissées de côté.

Parmi celles enfouies sous ma pile de revues professionnelles, j’ai retrouvé une copie de la première édition de Languages and Translation (septembre 2010), le magazine de la Direction générale de la traduction (DGT) de la Commission européenne, qui était consacré au « Clear writing », une campagne pour « changer durablement les habitudes de rédaction au sein de l’institution », selon les mots de la rédactrice en chef, Anabela Pereira.

Dans ce no 1, quelques traducteurs de la DGT abordaient les problèmes rencontrés lors de la traduction. Point intéressant : seuls deux des huit traducteurs interrogés avaient choisi de s’exprimer en français : les traducteurs français et allemand. Malheureusement, le texte de ce dernier n’avait pas été relu :

La traduction littérale Klar schreiben est ambigüe car le lecteur pourrait comprendre « écrire de manière lisible ». Nous avons donc commencé à regarder à gauche et à droite pour trouver des campagnes pareilles dans des pays germanophones » [sic]

Bon, d’accord, on comprend ce qu’il veut dire. Mais tu avoueras, ami lecteur et futur abonné de Languages and Translation, que ce francophone écrit comme il parle.

Je ne m’étendrai pas sur l’orthographe d’ « ambiguë » (au contraire de l’umlaut allemand, le tréma français peut se mettre sur un « e », ce qui est le cas ici), ni sur les « campagnes pareilles dans des pays germanophones ».

Ce qui a attiré mon attention, c’est ce « regarder à gauche et à droite ». Il est possible que je me trompe, comme disait le hérisson de San Antonio, mais il me semble que « regarder à gauche et à droite », c’est ce que j’essaie de faire comprendre à mon fils de trois ans chaque fois que nous traversons la rue. Ce que notre traducteur allemand voulait dire, c’est : « nous avons commencé à chercher à gauche à droite ».

La différence est subtile ; tellement subtile qu’elle échappe à ceux dont le français n’est pas la langue maternelle. D’ailleurs, comment en vouloir à un francophile ? Car je le répète, il s’agissait là, parmi une brochette de huit linguistes étrangers, du seul qui avait choisi de s’exprimer en français !

C’est sans doute là le problème principal de la Direction générale de la traduction : être obligée de faire appel à des traducteurs « bilingues », voire « multilingues », et croire qu’ils sont capables de « rédiger clairement » dans une langue qui n’est pas la leur.

Note : le « clear writing » est une campagne lancée au mois de mars 2010 par la Commission européenne. En 2011, la campagne s’est matérialisée par le guide Clear Writing, qui donne quelques conseils précieux pour « rédiger clairement », expression qui a d’ailleurs été choisie comme titre de la version française. En fait, la plupart des conseils qui y figurent sont les mêmes que ceux du fascicule Rédiger simplement, publié en 2006 par les gouvernements français et québécois, et qui avait pour but de « faire de la langue administrative une passerelle efficace entre les services de l’État et l’usager, pour le bénéfice de tous ».

Publicités
Clear writing : rédiger clairement ?

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion / Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion / Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion / Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion / Changer )

Connexion à %s