Real Estate opportunities : les belles occasions de l’immobilier

En français de France, l’opportunité se rapporte à ce qui est opportun. L’opportunité française vient à propos. Elle se produit au bon moment. Elle convient.

Par exemple :

Interrogé par un auditeur sur l’opportunité de « rétablir la TVA à 33 % sur les produits de luxe », M. Hollande a répondu : « Cette proposition m’a déjà été adressée par plusieurs économistes… » (Le Monde, 14 avril 2012)

Et quand l’opportunité se présente, il faut « saisir l’occasion », ou bien « sauter sur l’occasion ». Mais par pitié, jamais on ne « saute sur l’opportunité »

Malheureusement, on rencontre de plus en plus de spécialistes de l’immobilier qui ne maîtrisent pas bien la langue française et se laissent trop influencer par la seule, vraie langue de l’immobilier (ai-je besoin de la nommer ?).

Généralement, ceux-là se prétendent « bilingues ». Ben oui hein, dès qu’on a passé six mois à manipuler des chiffres dans une université britannique, ou dans une boîte londonienne, on est bilingue, pas vrai ?

Ils ont donc tendance à employer le mot « opportunité » avec le sens que les anglophones donnent à « opportunity » (« a favourable, appropriate, or advantageous combination of circumstances » d’après mon dictionnaire Collins). Dans le jargon des linguistes, on appelle ça un « anglicisme sémantique » ; dans celui des traducteurs, une traduction littérale. Chez moi, on préfère dire : « faudrait voir à causer correc’ ! ».

Le fait est que les « opportunités » susmentionnées sont omniprésentes dans la langue des affaires du business et dans le vocabulaire de l’entreprise des compagnies (ben quoi ? C’est comme ça qu’on parle sur internet, alors il faut que je m’adapte !).

Exemples troublants :

Le vrai problème de l’Europe se situe davantage dans l’absence de vraies opportunités boursières. (Les Echos, 18 juin 2012).

L’Europe reste un marché d’opportunités. (DTZ, Communiqué de presse, 24 avril 2012)

Vous trouverez sur ce site des opportunités immobilières sur toute la France. (Investisseur-immo.fr)

En fait (et au risque de radoter), ce prétendu bilinguisme rampant a pour conséquence directe la suprématie des traductions françaises littérales sur la toile. Le contenu français d’Internet est en grande partie constitué de traductions littérales de textes anglais. Voilà pourquoi on finit par accorder aux « opportunités », une valeur positive plus marquée que celle des bonnes vieilles « occasions » d’antan.

Dans son guide des pièges, difficultés et nuances du vocabulaire (Le mot juste, Librio, 2006), Pierre Jaskarzec explique que c’est pourtant le mot « occasion » qu’il faudrait employer (ou, parfois, le mot « chance ») : « il peut se renforcer en belle ou heureuse occasion, selon la bonne fortune de chacun… ».

Pour une fois, on remerciera les journalistes sportifs qui, eux, semblent avoir conscience de l’importance de la partie qui se joue :

 Lors de la première période, on a trop gâché d’occasions de mettre les choses au clair. Il nous a manqué, sur trois, quatre très, très bonnes occasions, l’instinct du tueur pour arriver à 2 ou 3-0. (L’Équipe, 18 juin 2012)

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