Entretien avec les Piles intermédiaires

[Note, 22 mai 2013: cher lectrice/lecteur de la Poutre dans l’oeil, si comme moi tu es un fan des Piles intermédiaires, sache que tu peux voter pour Tatie les Piles dans le cadre du « Top 100 Language Professional Blogs 2013 » ]

Ami lecteur amateur de photos croustillantes, j’ai réussi à obtenir des photos d’Angelina Jolie et de George Clooney en train de se livrer à des pratiques peu avouables (Aaaaah!). Malheureusement, Berthelée est tombée dessus alors qu’elle voulait photographier le dernier né de l’OMA. L’appareil a fini dans les toilettes et je ne pourrais pas récupérer les photos avant quelques semaines (Rhôôôô!). Heureusement, en attendant, les Piles intermédiaires ont accepté de répondre à quelques unes de mes questions (Aaaaah!).

Les Piles intermédiaires, pour ceux qui ne connaissent pas encore, c’est un blog traitant de traduction, de langues, de littérature, de cinéma et de sous-titrage. C’est dense, c’est régulier et ça contient tous les ingrédients qui vous remettent un traducteur d’aplomb.

La Poutre dans l’œil : Tes lecteurs te connaissent sous le nom des « Piles intermédiaires ». On sait plus ou moins que tu as déménagé à Luxembourg après avoir réussi un concours pour travailler en qualité de linguiste dans une institution européènne bien connue. Auparavant, tu travaillais en tant qu’indépendante. Est-ce pour ces raisons que tu avais choisi de conserver une certaine forme d’anonymat ?

Les Piles intermédiaires : Oui, grosso modo, pour les mêmes raisons que la plupart des blogueurs qui se choisissent une identité virtuelle : pour avoir une certaine liberté de ton. Au début, le blog était aussi moins axé sur la traduction, et comme j’y racontais (encore) plus ma vie que maintenant, je préférais garder « une certaine forme d’anonymat », effectivement. Et puis je participais aux activités d’une association de traducteurs, je ne voulais donc pas risquer de malentendu de ce côté-là. Mais ça ne me gêne pas qu’on sache qui je suis (pour quelqu’un qui suit Les Piles régulièrement, les recoupements sont assez faciles à faire) ; simplement j’essaie de veiller à ce qu’on ne tombe pas sur le blog quand on fait une recherche sur mon nom, et vice versa.

La Poutre dans l’œil : Les Piles intermédiaires, c’est plus « qu’un déversoir à peine organisé pour réflexions à bâtons rompus », non ?

Les Piles intermédiaires : C’est peut-être un peu mieux organisé qu’au début, ne serait-ce que parce qu’il y a quelques rubriques récurrentes, mais ça reste tout de même un grand bazar. J’aime bien l’idée de rassembler des petites choses glanées un peu partout et d’essayer de les réunir dans un billet plus ou moins cohérent. Mais forcément, ça finit par faire beaucoup de petites choses, après quelques centaines de billets. En tout cas, ça me plaît de conserver ce côté « bazar », « déversoir », carnet virtuel où je rassemble un peu tout et n’importe quoi. Donc cette définition me convient toujours, en somme.

La Poutre dans l’œil : Difficile de définir ce qui fait un bon blog. Je suppose que les critères changent suivant sa raison d’être. N’empêche que j’ai une nette préférence pour Les Piles parce que j’y apprends plein de trucs et que ça me fait marrer. Quel est ton lecteur « idéal » ?

Les Piles intermédiaires : Merci de dire ça, parce que j’aime bien les lecteurs curieux. Mais au-delà de ça, non, pas de lecteur idéal ! Ça me fait très plaisir, par exemple, que des traducteurs le lisent, mais je suis ravie aussi que des lecteurs qui font complètement autre chose puissent avoir envie de le suivre. Cela dit, j’imagine qu’il faut s’intéresser au moins un peu aux langues et à la langue pour y trouver son compte, c’est peut-être le point commun des lecteurs qui reviennent régulièrement. Et encore…

La Poutre dans l’œil : Je suis plusieurs de blogs de traductions et le seul que j’apprécie autant, c’est Translation Guy. Coïncidence : c’est le seul qui ait publié plus de billets que toi. Penses-tu que ce soit là la clef ? Plus on écrit de billets, meilleure est la mouture ?

Les Piles intermédiaires : Ah non, je ne crois vraiment pas. Sans resservir le couplet de la qualité par opposition à la quantité, je ne pense pas que ce soit lié.

Tout dépend de la façon dont on envisage un blog de traduction : si c’est une vitrine professionnelle, on n’écrit pas forcément le même genre de billets (ni en même quantité) que si c’est « un déversoir pour réflexions à bâtons rompus ». Traductrice indépendante, je n’aurais pas du tout publié les mêmes billets si j’avais blogué sous mon vrai nom dans l’optique de faire des Piles un outil de prospection : exit les passionnantes déclarations d’amour à mes chaussures, les billets sur les progrès de l’élocution de ma nièce et les réflexions aigres-douces sur certains clients ou confrères. Il aurait fallu ouvrir un second blog pour ça, mais comme je n’aime pas cloisonner ce que je fais, je n’ai pas envisagé cette formule…

Des blogueuses-traductrices comme les bien connues Ma voisine millionnaire ou Intercultural Zone publient peut-être moins souvent, mais des billets davantage construits, réfléchis et pédagogiques, bien plus axés aussi sur l’aspect entrepreneurial de la traduction indépendante. La qualité est toujours au rendez-vous, on sent que les articles sont beaucoup plus « pensés » et qu’ils visent à apporter une vraie valeur ajoutée au lecteur-traducteur (ou au client qui cherche à se documenter) pour son activité professionnelle. C’est une autre démarche, voilà tout…

Et puis c’est aussi fonction bien sûr du temps qu’on veut bien y consacrer : je n’ai pas d’enfants, mes loisirs ne sont pas particulièrement chronophages (et tournent de toute façon beaucoup autour des langues, de l’audiovisuel et de la traduction), j’ai de looongues soirées luxembourgeoises à occuper, j’aime écrire dans un contexte autre que celui de la traduction, surtout, et j’écris volontiers des tartines (la preuve). Alors forcément, dans mon « chez-moi » virtuel, je ne me gêne pas…

La Poutre dans l’œil : Je ne pensais pas à la quantité mais simplement à la pratique, au fait que plus on écrit de billets, mieux on sait les préparer. À force de suivre tes sagas (Le jeudi c’est citation, les ImpÉcr, les Tics, manies et autres névroses, la grande aventure européenne, etc.) on finit par y être accro. Tu sembles t’intéresser à tous les types de traductions. Penses-tu qu’il y ait des barrières entre les différentes disciplines ? Par exemple, peut-on être à la fois traductrice et interprète, traducteur et sous-titreur, traductrice littéraire et technique… ?

Les Piles intermédiaires : Bien sûr, qu’on peut ! Je peux te présenter des confrères qui correspondent à tous ces cas de figure. Et par les temps qui courent, il n’est pas superflu d’exercer dans plusieurs spécialités, ne serait-ce que pour ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier. Pour avoir pratiqué en parallèle le sous-titrage et la traduction juridique, par exemple, je trouve que ce n’est pas si différent qu’on pourrait le penser… La traduction se fait toujours sous contrainte, c’est cette contrainte qui change : contrainte de place et de lisibilité pour le sous-titrage, terminologie absolument incontournable pour le juridique. Autour de ces contraintes, on construit des phrases, on les retourne dans tous les sens jusqu’à trouver la solution la moins mauvaise et la plus naturelle pour restituer l’original. La gymnastique ne fait pas appel aux mêmes « muscles », mais elle est proche, finalement.

L’un des autres endroits virtuels où je passe trop de temps est un accueillant forum de traducteurs-surtout-littéraires-mais-pas-que, où l’on croise des traducteurs d’édition, techniques, audiovisuels, de jeux vidéo et j’en oublie sans doute. Ça ne nous empêche pas d’avoir des problématiques communes, de cogiter sur des casse-tête de traduction pour nous dépanner mutuellement ou de nous indigner en chœur face à une traduction pourrie…

C’est aussi ça qui est intéressant : essayer de comprendre « comment font les autres ». Tu invites les lecteurs de ton blog à participer à un défi informel : écrire un billet en forme d’éloge sur un traducteur littéraire qu’ils apprécient particulièrement. Eh bien, voilà typiquement un domaine, la traduction littéraire, qui me terrifie et dans lequel je n’ai jamais beaucoup prospecté (sauf à mes débuts, petite inconsciente que j’étais) parce que je ne crois pas que je saurais faire. Mais ça ne m’empêche pas d’être émerveillée (ou exaspérée) face au travail de ceux qui savent (ou ne savent pas) faire. Donc je prends note de ce défi informel…

La Poutre dans l’œil : Certains de tes billets adoptent un genre un peu « chroniqueur ». Quels sont tes préférences en termes de lecture ?

Les Piles intermédiaires : Hormis Le Canard enchaîné et quelques occasionnelles revues de cinéma, j’avoue que je ne lis pas grand-chose comme presse (je préfère les bonnes radios) (à écouter, pas à lire).

Du côté des blogs, par contre, il y a des gens très brillants dont j’aime beaucoup le style, dans des genres très divers qui n’ont rien à voir avec la traduction. S’il fallait faire un top‑3 de la qualité d’écriture, je citerais dans le désordre Jaddo, L’Hippopotable et L’Odieux connard, que je trouve particulièrement percutants (et régulièrement excellents) dans des genres complètement différents (respectivement la chronique médicale, la gazette surréaliste tendance pompidolienne et la mauvaise foi faite blog).

La Poutre dans l’œil : Ce n’était pas une question-piège. Je voulais dire que Les Piles ont un côté chronique qui me rappelle parfois certaines histoires de cintres. D’ailleurs, un autre aspect appréciable des Piles, c’est son côté sinon optimiste, du moins positif. Tu nous mets à l’aise et on quitte ton blog de bonne humeur. Est-ce difficile ?

Les Piles intermédiaires : Disons que d’une manière générale, la situation des traducteurs professionnels n’est pas folichonne et que le traitement de la traduction (par-dessus la jambe, au rabais, automatique, etc.) donne souvent plutôt envie de pleurer qu’autre chose… Ça me semble plus parlant d’aborder certains sujets « sérieux » par la bande, sur le ton de l’ironie, qu’en faisant pleurer dans les chaumières. Et quand il s’agit de parler de questions linguistiques ou de sujets qui m’intéressent particulièrement, on va dire que mon enthousiasme béat naturel prend le dessus, tant mieux s’il est perceptible à la lecture.

La Poutre dans l’œil : Considères-tu ton blog comme un tout ? Cherches-tu à l’homogénéiser (révises-tu les anciens billets par exemple) ou le considères-tu plutôt comme un journal de bord qui évoluerait au fil du temps ?

Les Piles intermédiaires : « Un tout qui évolue », j’ai le droit ? Oui, de temps en temps je supprimerais bien quelques anciens billets, et je le ferai peut-être un jour, en bloc. Mais je ne les révise pas, si ce n’est pour corriger une coquille que je repère ou qu’on me signale a posteriori, ou très occasionnellement pour ajouter un edit en fin de billet qui apporte une précision, propose un lien complémentaire, ce genre de petits détails.

La Poutre dans l’œil : Est-il déjà arrivé que des commentaires partent en vrille ? D’une manière générale, comment gères-tu l’interaction avec tes lecteurs ?

Les Piles intermédiaires : À l’exception notable d’un départ en vrille aussi soudain que récent, la vie des Piles est un long fleuve tranquille et il y a rarement des débordements ou des polémiques enflammées… Et les lecteurs réguliers des Piles sont plutôt bienveillants : quand ils n’aiment pas, ils ne disent rien (c’est fort charitable), mais quand ils aiment, ils relaient très aimablement le billet, ce qui est vraiment très sympa. En même temps, il faut avouer que : 1. les sujets abordés ne sont pas les plus polémiques qui soient ; 2. les Piles reste un « petit blog » du point de vue de son « audience ». Je ne vais pas spécialement à la pêche aux lecteurs parce que je ne sais pas faire, mais ça me fait toujours très plaisir qu’on laisse un commentaire ou qu’on m’écrive un mail pour me signaler une curiosité.

La Poutre dans l’œil : Si tu avais un seul conseil à donner aux blogueurs ?

Les Piles intermédiaires : Je ne me sens pas très bien placée pour le faire, avec mon tout petit blog, justement, mais j’aime les blogs incisifs. Alors je me lance : soyez incisifs.

La Poutre dans l’œil : Et aux traducteurs ? (attention, j’ai bien dit « un seul » !)

Les Piles intermédiaires : Ne baissez pas les bras.

***

Merci Tatie les Piles d’avoir pris le temps de répondre à ces questions !

Et toi ami lecteur amateur de blogs, quels sont tes blogs préférés ?

Note pour ceux qui ne savent toujours pas ce qu’est un lien, vous pouvez aller faire un tour sur le blog des Piles intermédiaires à l’adresse suivante :

http://lespilesintermediaires.blogspot.com

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