Une tongue dans leur face (when language becomes a commodity)

Mon germain cousin est très gentil mais pétri d’idées préconçues. Ainsi le dernier semaine, Jolitorax tentait de dire à moi que le industriel révolution s’était produit merci à le supériorité de sa langage, le anglais [en anglais dans le texte]

Afin de l’asticoter un peu, j’arguai que l’anglais ne possédait pas d’équivalent pour exprimer la nuance qui existait en français entre « la langue » et « le langage ». Jolitorax et moi, on s’aime bien mais on a toujours des mots (ce qui est le propre de la langue).

Une moutarde forte, Colman’s à n’en pas douter, envahit ses nostrils (du vieux norrois « trous de nez ») et j’en profitai pour enfoncer le clou. Un âge d’or de l’ingénierie britannique s’était assurément produit – il y avait de cela quelques années déjà – mais les anglophones, pour la plupart, n’étaient pas britanniques. Surtout, l’anglais qui dominait aujourd’hui était l’américain.

Certes, l’anglais possède un équivalent littéral de « langue » : tongue. Certes, encore, le mot est employé dans la fameuse version de la bible du roi Jacques 1er d’Angleterre (Actes chapitre 2 verset 4). Mais sorti de ce contexte, le mot tongue, quand il désigne la langue en tant que mode d’expression et non l’organe mou et gluant que l’on trouve d’ordinaire dans la bouche des êtres humains (et dont ils font un usage extrêmement varié), n’a pas le statut que les francophones confèrent au mot « langue ».

tongue langue - copie

La langue désigne le statut le plus élevé que nous attribuons à la parole. Le Trésor de la langue française informatisé (note ce titre, Jolitorax, qui accorde à la langue française le statut de « trésor ») explique ainsi que « les dialectes sont une forme particulière d’une langue, intermédiaire entre cette langue et le patois ».

La langue possède donc une armée et un drapeau : en France, la langue française est souvent perçue comme l’une des caractéristiques de l’identité nationale. Elle bénéficie d’ailleurs de nombreux supports officiels comme l’Académie, le Journal officiel de la République française ou l’article 2 de la constitution qui, depuis son amendement le 25 juin 1992, fait du français « la langue de la République ».

Ainsi, la France possède de nombreux « parlers régionaux » mais s’enorgueillit de « sa langue » : quand Bernard Pivot parle des « amoureux de la langue », il ne s’agit pas de n’importe laquelle.

En anglais, ce statut privilégié revient généralement à language, mot issu du vieux français « langage ». En français moderne, le langage existe toujours mais ne possède pas le prestige de la langue. Il peut faire référence à un code (le langage des fleurs, le langage html, le langage machine) où à une forme d’expression d’un statut inférieur à la langue. On parle ainsi des langages « populaire », « enfantin » et « grossier ». On demande « quel langage me tenez-vous là ? », on s’exclame « quel langage ! » ou on exige de quelqu’un qu’elle ou il « change de langage ».

Cette nuance, expliquai-je à mon germain cousin, n’existe pas en anglais, où langue et langage ne font qu’un. Jolitorax appelle sa langue « the English language » et celle de Shakespeare « the language of Shakespeare ». Mais le langage des fleurs est aussi « the language of flowers », le langage html « the html language » et le langage machine « the machine language » (ou « machine code »).

Ce qui m’amène à la conclusion suivante : si les gens qui l’apprennent aujourd’hui perçoivent l’anglais en tant que marchandise, ce n’est pas innocent. Les anglophones sont les premiers responsables de la perception que nous avons aujourd’hui de leur langue en tant que produit de consommation courante.

Claude Hagège souligne ainsi que « les puissants capitaux américains soutenant l’enseignement universel de l’anglais sont largement remboursés par les milliards de dollars que rapporte une des plus profitables denrées d’exportation, à savoir la langue anglaise elle-même » (Contre la pensée unique, 2012).

Bon d’accord, Claude Hagège c’est l’alter-mondialisme qui se couche dans le lit de la France coloniale en espérant enfanter l’identité nationale. Mais Claude Hagège, c’est un peu notre Michael Moore à nous. Il ne dit pas que des inepties…

Jolitorax, mon germain cousin adoré, ta langue n’est pas un langage. C’est une tongue qu’il faut envoyer à la figure des marchands du temple néolibéral (je l’avoue, elle était facile celle-là).

La potion magique est en route. Résiste !

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