Un outil discursif pour architectes

Les architectes utilisent un jargon incompréhensible. Ce cliché idiot se fonde sans doute sur une animosité (parfois justifiée) à l’égard des star-chitectes qui modifient notre paysage quotidien mais il n’est pas représentatif. José Ramón Hernández Correa, architecte et auteur du blog Arquitectamos locos? — que je te convie à consulter, ami lecteur hispanophone — s’amuse ainsi de l’embarras dans lequel les architectes, y compris le traducteur ton serviteur, se trouvent face aux questions de non-initiés.

Avec un humour qui rappelle celui des farceurs de l’Oulipo, il a mis au point un outil ludique de génération discursive pour les architectes à court de jargon : le manuel de discours automatique pour architectes. Je l’ai traduit avec son concours et je le reproduis ici, avec son aimable autorisation :

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Un outil discursif pour architectes

Le concepteur de lumière

À M. Herbert Cybulska, Président de la Professional Lighting Designers’ Association

Monsieur Cybulska,

Je constate que votre institution cherche à établir l’activité des spécialistes de l’éclairage en tant que profession. De ce point de vue, la traduction française de votre Déclaration du statut officiel de la profession de concepteur lumière est un outil important pour tous ces professionnels qui, comme la plupart d’entre nous, ne sont pas bilingues. Lire la suite « Le concepteur de lumière »

Le concepteur de lumière

Le monument

Un monument est-il toujours historique ? Y-a-t-il des monuments non-historiques ?

Selon la loi du 31 Décembre 1913 modifiée, les immeubles dont la conservation présente un intérêt public, sont classés comme monuments historiques par les soins du ministre chargé des affaires culturelles.

Il y aurait donc des monuments plus historiques que d’autres.

En réalité, le patrimoine culturel français tend à confondre la notion de monument avec celle de monument historique. Autrefois, le monument servait essentiellement à avertir (du lat. monumentum, de monere, faire penser à). Comme le rappelle la philosophe Françoise Choay (La terre qui meurt, Fayard, 2011) le monument possédait une fonction identificatoire : il était porteur d’une valeur symbolique pour la communauté.

Mais en muséifiant les monuments, en les étiquetant du label « patrimoine mondial de l’UNESCO », nous les figeons dans l’histoire. Nous rendons historique, passé – voire dépassé – ce qui était présent et sémantique, ce qui avait une présence porteuse de sens pour la communauté.

Depuis l’invention de l’imprimerie, l’écrit a peu à peu remplacé le bâti dans cette fonction identificatoire. Ne dit-on pas des Misérables – cet ouvrage dont le comportement au feu ferait bondir le premier coordonnateur SPS venu – que c’est un monument de la littérature ?

Ce type d’ouvrage monumental est devenu le nouveau support des valeurs d’une communauté, remplaçant ainsi l’édifice construit dans sa fonction de rappel symbolique. Je ne me réfère pas seulement à la Bible, au Coran ou au Petit Livre rouge, mais aussi à Harry Potter, au Seigneur des anneaux ou à Tintin.

La découverte n’est pas nouvelle. Dans le second chapitre du livre V de Notre-Dame de Paris, Victor Hugo prophétisait déjà « ceci tuera cela ». Le sujet se référait à l’imprimerie et le complément d’objet à l’architecture.

Le monument